Hausse généralisée des produits : pas d’amalgame !

En raison de l’entrée en vigueur de la loi “EGalim”, les prix de certains produits alimentaires de grande marque ont augmenté dans les rayons de nos supermarchés depuis le 1er février. Depuis quelques jours on entend le “cri” de certains distributeurs qui instrumentalisent les consommateurs pour dénoncer une loi, qui, en réalité, ne changera pas le prix global du panier de courses.

Hausse du SRP de 10 % ne veut pas dire hausse du panier de 10 %

Si le prix d’un certain nombre de “produits d’appel” va augmenter, d’autres produits vont voir leur prix diminuer. En effet, la loi EGAlim prévoit le relèvement de 10 % du seuil de revente à perte (SRP). Cela concerne notamment les produits de grandes marques : Nutella, Coca Cola ou Danone. Cela implique que si le distributeur achète un produit à 2 euros, il ne pourra désormais plus le vendre au consommateur à moins de 2,20 euros. Seuls les produits vendus jusqu’à présent à faible marge (moins de 10 %) seront donc touchés.

Les marques de distributeurs (MDD), comme la marque Carrefour ou la Marque Repère chez Leclerc devraient en revanche voir leur prix diminuer. Jusque là, les “produits MDD” avaient beau être les plus abordables, c’est avec elles que les distributeurs réalisaient leurs marges les plus importantes (de l’ordre de 30 %).

L’objectif du relèvement du seuil de revente à perte est avant tout de permettre un rééquilibrage des marges afin que les produits agricoles soient vendus à leur juste valeur, sans pour autant impacter le prix global du panier du consommateur.

La loi fait confiance aux distributeurs et aux industriels

L’État a choisi de responsabiliser le distributeur pour que les marges réduites sur les produits agricoles favorisent une meilleure rémunération des producteurs. Mais si la loi oblige le relèvement du seuil de revente à perte, elle n’est toutefois pas contraignante sur la revalorisation de la rémunération des producteurs.

Rien ne dit que les distributeurs, en plein dans les négociations commerciales, achèteront aux industriels ces produits à un meilleur prix que l’an passé. Un produit acheté 2 euros l’année dernière pourrait être négocié auprès de l’industriel à 1,90 euro, ce qui implique que le distributeur pourrait le revendre à 2,09 euros au lieu de 2,20 euros.

Cela pourrait impacter négativement les négociations commerciales entre producteurs et industriels. Au risque que la mesure de relèvement du SRP ne provoque pas l’effet escompté.

Distributeurs et industriels doivent prendre leurs responsabilités pour préserver les capacités de production des agriculteurs et faire cesser la guerre de prix, au risque sinon de tuer la filière agricole française et d’en faire pâtir la qualité de notre alimentation.

On l’aura compris, si le relèvement du SRP ne garantit en rien la revalorisation des prix agricoles, il est pour le moins censé “détendre” les négociations entre transformateurs et distributeurs. Par effet ricochet, l’objectif est de relâcher la pression sur l’amont de la filière. À ce niveau, en effet, les contrats entre producteurs et transformateurs doivent désormais prendre en compte les coûts de production agricoles. Une bouffée d’oxygène est la bienvenue pour faciliter la mise en oeuvre de cette disposition de la loi EGAlim.

Certains dénoncent pourtant d’ores et déjà des pressions tout aussi importantes dans les négociations de l’aval, voire pire que les années précédentes et des contournements des objectifs de l’ordonnance sur le SRP. Rappelons que ce dispositif, mis en place à titre expérimental pour 2 ans, fera l’objet d’un rapport portant sur ses effets réels et les dérives potentielles. Chacune des parties prenantes devra alors prendre la parole pour en juger l’efficacité.